Possession (nom féminin, subst. féminin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom féminin 

XII e siècle. Emprunté du latin possessio, « jouissance, ; occupation ».
1. Le fait de disposer ou de jouir d'un bien ; état, situation de celui, de celle qui le possède. La d'un hôtel particulier, d'un fonds de terre, de biens matériels. La de bijoux de valeur, de mobilier ancien. La d'un maigre pécule, d'une somme importante. Dans l'Antiquité, les Grecs, les Romains et les Carthaginois se sont disputé la de la Sicile . Avoir en sa . Tenir, garder, retenir en sa . Cette bibliothèque est en , est entrée en de lettres de Victor Hugo . . Possession légitime, injuste. Possession paisible, violente. Possession de fait. Possession immémoriale, dont l'ancienneté est telle qu'aucune personne vivante ne garde le souvenir de son origine. Possession trentenaire. Possession continue et non interrompue. Possession de bonne, de mauvaise foi , voir . Possession équivoque. Être troublé dans la d'un bien. Contester, alléguer la . Mise en , délivrance d'un bien à une personne qui en obtient ainsi la détention matérielle. Se faire remettre un bien en . Entrée en ou Prise de , acte par lequel une personne se voit effectivement remettre la jouissance de quelque chose. Prendre d'un héritage. Envoi en , voir . Dans l'adage. En fait de meubles, vaut titre . Loc. Prendre , se rendre maître de quelque chose, s'en emparer. Les corsaires prirent du navire. Par anal. La forêt avait repris du site. Par affaibl. Prendre d'un lieu, s'y installer. Vous pourrez prendre de votre chambre à partir de 14 heures. Fig. La recherche et la de la vérité, du bonheur. La de la grâce divine. La de grandes qualités morales . Par ext. Le fait d'avoir à sa disposition, d'avoir avec soi ; situation de celui, de celle qui détient quelque chose. La de faux papiers, de drogue est sanctionnée par la loi. Le joueur qui est en du ballon. Il attend d'être en de tous les éléments avant de rendre sa décision . Spécialt. La d'un titre, d'un droit, d'un privilège. La d'une charge, d'une fonction, d'une situation. L'évêque nouvellement nommé dans ce diocèse prendra de sa charge dans deux mois. . Possession d'état , le fait pour une personne de jouir du titre et des avantages attachés à une condition qui, en droit, peut n'être pas la sienne. Absolt. La diminue d'ordinaire le prix des choses qu'on a le plus désirées .
2. Bien que l'on possède (souvent au pluriel). Des s héréditaires, des s de famille . Spécialt. Terre, contrée possédée par un prince ou par un État. Les s de la Couronne, appartenant au domaine royal. Goa est une ancienne portugaise .
3. État d'une personne dominée par une puissance démoniaque. Possession diabolique, satanique. Un cas, un phénomène de . Crise de . Par anal. La transe de dans le culte vaudou. Rite de . Délire de , dans lequel l'individu se croit habité par des forces occultes qui aliènent sa volonté.
4. Le fait d'avoir des rapports sexuels avec quelqu'un. La physique, charnelle . Class. Le fait de prendre pour époux, pour épouse. Dans « Rodogune » de Corneille, Antiochus et Séleucus, les frères rivaux, aspirent tous deux à la de la princesse .
5. Maîtrise, contrôle. Possession de soi , aptitude à contenir ses sentiments, ses réactions, ses pulsions. Il reprit soudain de lui-même. Un sculpteur en pleine de son art. Expr. Être en de tous ses moyens, de toutes ses facultés ou Être en pleine de ses moyens, de ses facultés, en jouir pleinement, être en mesure de donner le meilleur de soi-même. Vieilli. Être en de faire quelque chose , en avoir la liberté ou la faculté.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Jouissance, faculté actuelle de disposer ou de jouir d'un bien. "Possession légitime. Possession injuste. Possession paisible. Être en paisible . Possession immémoriale et non interrompue. Possession annale. Possession d'an et jour. Possession triennale. Possession bien fondée. Possession de fait. Être en . Entrer en . Se mettre en . Se faire remettre en . Prendre d'un héritage. On lui conteste la . Cette lettre est en sa . Alléguer la . Prise" "de . Être troublé, être inquiété dans la d'un bien. Il s'est mis en des meubles et de toute l'argenterie. En fait de meubles, vaut titre."
"Envoi en ", Acte judiciaire par lequel les ayants droit sont mis en de ce qui leur est dévolu.
En termes de Jurisprudence, "Possession d'état," Possession établie par une notoriété qui résulte d'une suite non interrompue d'actes faits par la même personne en une même qualité. "Cette femme a pour elle la d'état".
POSSESSION se dit aussi des Terres possédées par un État ou par un particulier. "Les s de la France dans les Antilles. Il a de grandes s dans telle province, dans tel département."
Il se dit aussi, absolument et dans un sens particulier, de la Jouissance de certains plaisirs, de certaines choses qu'on a recherchées avec ardeur. "La diminue ordinairement le prix des choses qu'on a le plus désirées. La n'a fait qu'augmenter son amour."
"Être en de faire quelque chose", En avoir la liberté, en avoir l'habitude, les moyens. "Il est en de leur dire les vérités les plus dures. Il est en de plaire dans cette société".
"Être en de l'estime publique", La posséder, en jouir.
POSSESSION, en termes de Théologie canonique, désigne l'État d'un homme qu'on dit possédé par le démon. "La diffère de l'obsession en ce que, dans la , le démon est censé agir au-dedans, et que, dans l'obsession, il est censé agir au-dehors".



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   État, action par laquelle on a la propriété de....
CORN.: « Dans sa [de l'empire] j'ai trouvé pour tous charmes D'effroyables soucis, d'éternelles alarmes »
LA FONT.: « L'usage seulement fait la »
SÉV.: « Elle [la princesse d'Orange] a donné procuration à son mari pour prendre du royaume d'Angleterre, dont elle dit qu'elle est héritière ; et, si son mari est tué.... elle la donne à M. de Schomberg pour en prendre la pour elle »
BOSSUET: « Les environs dont ils étaient en depuis tant de siècles »
BOSSUET: « Il se maintient dans la du royaume »
ROLLIN: « Quatre-vingts ans après la prise de Troie, les Héraclides se mirent en du Péloponnèse, ayant défait les Pélopides »
VOLT.: « Les musulmans en de ce commerce [des Indes] »
    Fig.
SÉV.: « Il n'y a qu'à voir ces messieurs [les médecins] pour ne vouloir jamais les mettre en de son corps »
SÉV.: « Elle [Mme de Coulanges] a pris de ma personne, elle me nourrit, elle me mène »
SÉV.: « Je suis fort affligée de cette colique de Mme de Coulanges... il ne faut point laisser prendre de nos pauvres machines à des maux si dangereux et si douloureux »
    Possession de famille, qui vient par hérédité.
    Fig.
FLÉCH.: « Que ses pères avaient toujours été fidèles serviteurs des rois leurs maîtres, mais qu'ils n'avaient jamais été leurs flatteurs ; que cette honnête liberté dont il faisait profession était un droit acquis et une de famille »
    Prendre , prise de , se dit de l'acte par lequel un État, un souverain s'assure la d'un territoire.
RAYNAL: « Le 28 février 1766, M. Ulloa arriva dans la colonie avec quatre-vingts hommes de sa nation ; la prise de devait, dans les règles ordinaires, suivre son débarquement »

 2   Terme de jurisprudence. Action ou droit de posséder à titre de propriétaire.
     Code Nap. art. 2228: La est la détention ou la jouissance d'une chose ou d'un droit que nous tenons ou que nous exerçons par nous-mêmes ou par un autre qui la tient ou qui l'exerce en notre nom
     ib. art. 2279: En fait de meubles la vaut titre
     ib. art. 2233: La utile ne commence que lorsque la violence a cessé
    Envoi en , acte judiciaire par lequel les ayants droit sont mis en de biens ou de titres qui leur sont dévolus.
    Possession de fait, action de détenir une chose sans avoir l'intention de se l'approprier : un dépositaire, un commodataire, un fermier, ont une de fait.
    Possession d'état, notoriété qui résulte d'une suite non interrompue d'actes faits par la même personne en une même qualité.
     Code Nap. art. 321: La d'état s'établit par une réunion suffisante de faits qui indiquent le rapport de filiation et de parenté entre un individu et la famille à laquelle il prétend appartenir

 3   Il se dit, par extension, des charges, des dignités dont on est revêtu, des biens moraux ou autres qu'on possède.
CORN.: « Elle [l'histoire] ne dit point ce que devin : Rodogune après la mort de Démétrius, qui vraisemblablement l'amenait en Syrie prendre de sa couronne »
BOSSUET: « Nous disions avec joie que le ciel l'avait arrachée, comme par miracle, des mains des ennemis du roi son père, pour la donner à la France ; don précieux, inestimable présent, si seulement la en avait été plus durable »
FÉN.: « Ces anciennes et illustres familles qui sont dans une si longue [héréditaire] des premiers honneurs »
    Être en de l'estime publique, la posséder pleinement.
    Être en du théâtre, n'avoir point de rival dans la composition des pièces dramatiques.
BARTHÉL.: « Il [Sophocle] était âgé de 28 ans ; il concourait avec Eschyle, qui était en du théâtre »
    Prendre , entrer en charge.
MAINTEN.: « Je suis ravie, Monseigneur, de ce que vous prendrez jeudi ; je joindrai mes prières aux vôtres, pour que Dieu donne sa bénédiction à tout ce que vous allez faire »

 4   Fig. Être en de, avec un nom de personne pour sujet, avoir le droit, la coutume de.
CORN.: « Il établit une nouvelle troupe de comédiens à Paris, malgré le mérite de celle qui était en de s'y voir l'unique »
SÉV.: « Le comte de Grammont, qui est en de dire toutes choses sans qu'on ose s'en fâcher »
BOURDAL.: « Je parle de ceux qui.... par oubli de la religion, se sont mis dans la malheureuse de ne plus prier »
BOURDAL.: « La journée de Lens, encore plus triomphante, acheva de mettre ce prince dans la juste et incontestable où il se vit alors d'être le héros de son siècle »
HAMILT.: « Les troupes de France étaient partout en d'avoir de l'avantage »
VOLT.: « Il y a plus de mille ans que les femmes sont en de se brûler [en Orient] »
VOLT.: « Il y a environ quarante-cinq ans que monseigneur est en de se moquer de son humble serviteur »
    Être en de, avec un nom de chose pour sujet, produire habituellement tel ou tel effet.
CORN.: « Ne cherchez point dans cette tragédie les agréments qui sont en de faire réussir au théâtre les poëmes de cette nature »
BUFF.: « Les oiseaux ont toujours été en de fournir aux peuples policés, comme aux peuples sauvages, une partie de leur parure »

 5   En termes de grammaire, la qualité des adjectifs ou pronoms possessifs.
D'OLIVET: « Le sujet à qui convient la , si par accident ce n'est pas une personne, est cependant regardé toujours comme une personne »

 6   Fig. Empire qu'on a sur les affections de quelqu'un.
SÉV.: « Quelle vous avez prise de mon coeur ! »
MASS.: « L'esprit de Jésus-Christ a pris de leur coeur »

 7   Il se dit de la jouissance de la vue de Dieu.
BOURDAL.: « Dieu, dit saint Augustin, ne nous a point promis d'autre héritage que la de lui-même »

 8   La chose même qu'on possède.
MASS.: « Venez voir vous-mêmes cette terre délicieuse que le Seigneur vous propose et qui doit être votre éternelle »
    Au plur. Terres possédées par un État, par un particulier.
VOLT.: « Les Anglais avaient attaqué les s de la France en Amérique et en Asie »
BARTHÉL.: « Philotas avait, dans l'île de Samos, des s qui exigeaient sa présence »

 9   Jouissance de certaines choses qu'on a recherchées avec ardeur. La diminue ordinairement le prix des choses qu'on a le plus désirées.

 10   Il se dit d'une femme que l'on obtient en mariage.
CORN.: « Et [l'honneur] te fait renoncer, malgré ta passion, à l'espoir le plus doux de ma »
    Jouissance des faveurs d'une femme.
Mme DE LA FAYETTE: « Le roi était alors dans la première ardeur de la de la Vallière »
MONTESQ.: « La de beaucoup de femmes ne prévient pas toujours les désirs pour celle d'un autre »
J. J. ROUSS.: « Le moment de la est une crise de l'amour »
    Une s'est dit quelquefois d'une pièce de vers pour célébrer la d'une femme.

 11   Terme de liturgie. État d'une personne qui est actuellement sous le pouvoir du diable, et dans le corps de laquelle il habite réellement.
BALZ.: « Toutes les maladies lui sont des s ; et, où il ne faut que des médecins, elle emploie les exorcistes »

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Th. le mart. 61: Persones e prelaz.... Qui tenissent del rei terre e possessiun
    XIIIème siècle
     Psautier, f° 95: Et leur s livra Dieux à feu ; par feu deserta leur porprises toutes
    XIVème siècle
ORESME: « Dire que une chose soit très bonne quant à la ou quant à l'usage »
    XVème siècle
COMM.: « Le duc de Bretaigne et le duc nouveau de Normandie, lesquelz allerent à Rouen prendre leur »
    XVIème siècle
MONT.: « Avant la prinse [d'une femme] »
LOYSEL: « Possession centenaire et immémoriale vaut titre »
LOYSEL: « Le viager [l'usufruit] conserve la du proprietaire »
AMYOT: « Qu'ilz entreroient incontinent en et exercice de leurs offices »
YVER: « Les peintres sont en immemoriale d'une liberté de faire tout à plaisir selon leur fantaisie »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. possessio ; espagn. posesion ; ital. e ; du lat. em, de possessum, supin de possidere, posséder.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Jouissance, liberté, faculté actuelle de disposer ou de jouir d'un bien. "Possession légitime. Possession injuste. Possession paisible. Être en paisible . Possession immémoriale et non interrompue. Possession annale. Possession d'an et jour. Possession triennale. Possession bien fondée. Possession de fait. Être en . Entrer en . Se mettre en . Se faire remettre en . Prendre d'une terre, d'un héritage, d'une charge. On lui conteste la . Alléguer la . Prise de . Être troublé, être inquiété dans la d'un bien. Il s'est mis en des meubles et de toute l'argenterie."
En termes de Jurispr., "Possession d'état," Notoriété qui résulte d'une suite non interrompue d'actes faits par la même personne en une même qualité. "Cette femme a pour elle la d'état."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des terres possédées par un État ou par un particulier. "Les s de la France dans les Antilles. L'Espagne, dans ses s d'Europe, et dans ses s de l'autre hémisphère, comptait alors tant d'habitants. Il a de grandes s dans telle province, dans tel département. Vous avez là une belle ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois, absolument et dans un sens particulier, de La jouissance de certains plaisirs, de certaines choses qu'on a recherchées avec ardeur. "La diminue ordinairement le prix des choses qu'on a le plus désirées. Souvent l'amour s'affaiblit par la . La n'a fait qu'augmenter son amour."
"Être en de faire quelque chose," En avoir la liberté, en avoir l'habitude. "Il est en de leur dire les vérités les plus dures. Il est en de plaire dans cette société."
"Être en de l'estime publique," La posséder, en jouir.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Liturgie, L'état d'un homme qu'on dit possédé par le démon. "La diffère de l'obsession, en ce que, dans la , le diable est censé agir au dedans, et que, dans l'obsession, il est censé agir au dehors."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


POSSESSOIRE, Voy. POSSÉDER.




Emplacement dans le dictionnaire :

posologie
possédable
possédant
possédé
possedé
posseder
posséder
possesseur
possessif

possessionné
posset
possibilité
possible
possiblement
post
postal
postdater
poste
posté
poster




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Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...mon imagination avait pu concevoir de plus délicieux. Et quand mon frère me dit que c'était pour moi, qu'il me le donnait, j'éprouvai une joie intime qui me sembla ne devoir finir jamais. Oh ! La possession de tout cela, quel bonheur inattendu ! En jouir tous les jours, tous les jours, pendant ces beaux mois chauds qui allaient venir ! ... et recommencer à vivre dehors, à s'amuser comme l'été dernier,...


Citation n°2 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...à l'indispensable, à l'inconnu, à l'expression non encore proférée, au mot vierge. L'homme éprouve une très grande jouissance à déformer son langage, c'est-à-dire à prendre de son langage une possession toujours plus intime et toujours plus personnelle. L'imitation fait le reste : celui qui ne peut créer partage à demi, en imitant le créateur, les joies de la création. Le mot nouveau, l'assemblage...


Citation n°3 de Paul VIDAL DE LA BLACHE (Principes de géographie humaine)

...ce service, il les a déliées. Du même coup, il a frayé la route à un cortège de végétaux ou d'animaux non conviés ; il a substitué des associations nouvelles à celles qui avaient avant lui pris possession de l'espace. Jamais, sans l'homme, les plantes de culture qui couvrent aujourd'hui une partie de la terre, n'auraient conquis sur les associations rivales l'espace qu'elles occupent. Faut-il donc...


Citation n°4 de Paul VIDAL DE LA BLACHE (Principes de géographie humaine)

...la géographie se détachent à ce moment de celles de l'anthropologie. Par quelle suite d'acquisitions et de perfectionnements, mêlés de pertes à certains égards, l'organisme humain était-il entré en possession de ces précieux avantages ? à l'anthropologie de le rechercher. Nous ne pouvons ici que jeter un regard furtif sur ces questions d'origine. Ce n'est pas le début, mais l'aboutissement d'une longue...


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